Slameurs et poètes

(D’après l’article que j’ai publié dans la revue EXIT, no 47, juin 2007)
Par Ivy
©19/11/2006

Le mouvement naissant du SLAM au Québec, que j’ai lancé en fondant le groupe SLAMONTRÉAL , oblige déjà quelques mises au point, non seulement sur le SLAM, mais sur la poésie en général et ses vecteurs « traditionnels » : le poème et le poète. Car le malaise grandit chez les poètes, et avec raison : trois soirées de SLAM (deux dites classiques et une plus spécialisée ) ont déjà eu lieu depuis octobre et l’affluence, en période ingrate de semaine (lundi et mardi), est pour ainsi dire exceptionnelle. Du grand public et même de la presse monte un soupir de soulagement : le dynamisme des slameurs, le temps très court d’exécution (3 minutes maximum) et la participation active du public font « qu’on coupe radicalement avec l’idée des soirées de poésie où les poètes [ne sont] pas toujours les meilleurs interprètes de leurs œuvres. [Les slameurs] sont des gens qui ont le sens de la scène et le sens du rythme », cequi favorise la libre circulation de la poésie. L’émergence des slameurs questionne la fabrication du poétique en art - la rime, la récurrence, l’image - et le rôle que joue la poésie dans notre société. Au reste, la popularité du SLAM partout ailleurs et l’engouement qu’il suscite ici obligent à nuancer le discours qui veut que la poésie soit l’apanage de la littérature et la chasse gardée du poète. Si le poème appartient à la littérature et le slam au spectacle (à la littérature orale), la poésie, elle, pour reprendre une formule usée, appartient à tous.

Le poème est un événement qui s’inscrit dans une tradition littéraire qui l’accueille et le caractérise. En Occident, c’est un phénomène essentiellement écrit. Fruit du travail d’un spécialiste du genre qu’on appelle le poète, il met en jeu une sensibilité singulière. De la parole galvaudée et commune, celle du poète sort du lot et se personnalise. On peut donc dire sans trop se tromper que la spécificité du poème (et du poète) est de singulariser la parole, tout en proposant une réflexion sur le matériau lui-même, à savoir la langue. Jusqu’à tout récemment, le poète et son objet, le poème, avaient l’exclusive juridiction (si l’on peut dire) en cette matière. Bien plus : leur empire s’étendait à la poésie. Or l’avènement des slameurs concrétise une intuition que j’avais et que j’ai exprimée il y a dix ans , à savoir que la poésie n’est pas et n’a pas à être confinée au phénomène littéraire. C’est un état, propre à l’humain, qui se caractérise par une liberté totale de faire sens (entre autres, j’y reviens plus loin). Pas besoin d’être praticien du poème pour ça. Le slameur en fait la magistrale démonstration.
En effet, en ayant recours à des procédés poétiques connus – l’image, le double sens, le jeu sur les mots - voire éculées – la rime -, le slameur, dans l’intention de créer un impact, dans l’ordre et la logique du spectacle, utilise tous les moyens du texte poétique pour arriver à ses fins. Il induit des glissements de sens, se joue du langage, provoque : il donne un show. Sa parole n’a pas de sens en solitaire. Lus, ses slams souffrent cruellement du silence. Et pourtant, il est un vecteur immense (dans le sens d’immense provocateur) de poésie, car étant tourné vers les autres (tel est en effet le propre du spectaculaire, de ce qui veut séduire), il accueille l’altérité, la différence et même la médiocrité. Quand on entend un slameur, on ne se demande pas si c’est un bon poète : on est sensible à l’effet qu’il cherche à créer sur nous. Le moindre clin d’œil, même maladroit, nous fait sourire. En revanche, lorsque le slameur accomplit quelque exploit langagier ou performatif, le grand public, peu sensible au mystère poétique d’ordinaire, ici applaudit et en redemande. Tel est le propre de la foule. Toutefois, et c’est en ce sens que la poésie y gagne puisque c’est à partir d’un texte poétique, un slam, et souvent même à partir d’un «vrai» poème que cela se réalise.
Les slameurs ne sont pas des conteurs ni des stand-up comics : à bien des égards ce sont des poètes aussi, mais les enjeux du slameur, tant formels qu’existentiels, sont différents. Ce dernier produit un texte destiné sine qua non à être entendu. Son acte d’actualisation poétique est collectif, car indissociable du spectacle. Celui du poète est un acte essentiellement personnel : il fait entendre une voix singulière par l’utilisation originale et neuve du langage. C’est un spécialiste de cette forme d’écriture qu’on a nommé (outrancièrement) poésie. Un poète est un spécialiste du poème, acte d‘écriture autant que singulier ; un slameur est un spécialiste d’une forme d’oralité qu’on nomme de manière un peu ampoulée « un texte de création parlé », acte « d’écriture » orale, collectif. En d’autres mots : d’un slam. Lorsqu’un poète récite, l’auditoire doit faire l’effort d’entrer dans son monde. En slam, c’est tout juste le contraire : c’est au slameur de faire l’effort d’entrer dans le monde tout court.

Du reste, au cours d’une soirée de SLAM POÉSIE, poètes, slameurs, performeurs s’affrontent dans une joyeuse convivialité. Jugés par un jury composé de cinq membres choisis au hasard parmi le public qui votent selon l’effet que produit sur eux la performance en attribuant une note de 0.0 à 10, comme cela se pratique aux jeux olympiques, ils sont toujours chaleureusement accueillis. Beaucoup de poètes reconnus pourront en témoigner : José Aquelin, Danny Plourde, Yolande Villemaire, Renée Gagnon, pour ne citer que ceux-là. Mais d’authentiques slameurs aussi commencent à émerger, et c’est justement pour éviter la scission entre les poètes et les slameurs, fatalité qui a frappé la France, le Canada anglais et les États-Unis – à l’encontre même des vœux du fondateur Mark Smith – que je tente ici de préciser le phénomène et d’en illustrer les enjeux. Mais pour cela, il faut admettre quelques a priori de départ :

1. Que la poésie est un état partagé par tous. C’est la liberté totale de faire sens. C’est un état d’être qui appréhende la réalité dans son ensemble, ici et maintenant. Propre à l’humain, l’acte poétique distille étonnement et surprise en révélant un pan de réel resté caché.
2. Que le poème est un genre littéraire. Le spécialiste du genre est un poète. Un poème est un acte de singularisation de la parole. Acte poétique solitaire, personnel.
3. Qu’une soirée de SLAM poésie est une compétition à l’amiable où poètes, slameurs ou autres types de performeurs s’affrontent et sont jugés par le public. Des textes poétiques (slams, poèmes ou autres) sont alors lus ou récités de mémoire. On parle alors du vrai slam, un slam de poésie.
4. Qu’il existe le slam comme genre, qui appartient à la littérature orale, même s’il est écrit au départ . Son but est d’avoir un impact. C’est un événement propre au spectacle. La performance est indissociable de son avènement. Le texte est un élément de la performance. Acte poétique collectif. Toutefois, comme je l’ai dit plus haut, cette idée de genre n’est acceptée que dans la mesure où l’erreur s’est répandue dans la population. On a donc le devoir de rectifier le tir.

Quand un slameur s’exécute, une sorte d’onde se propage : les jeux de mots se développent et débordent le cadre de la littérature écrite. Ça devient une performance, un exploit sportif, ça suscite l’étonnement et la joie communicatrice. C’est un RAVE de mots : le fait de prendre conscience du glissement du sens et de se laisser glisser avec le performeur suscite un enthousiasme fou. À ce sujet, il est révélateur de souligner que pour Paul Valéry, « l’enthousiasme n’est pas un état d’écrivain ». Et il a raison. L’enthousiasme est l’état de la poésie (et non du poème qui appartient à la littérature écrite), et donc à la portée de tous. Tous ceux qui ressentent ce que glisser (slamer) veut dire – le banal glissement de sens comme dans les jeux de mots – se sentent tout à coup solidaires du slameur. On glisse d’une réalité à l’autre. Métalepse Genettienne, transgression de la convention littéraire de la narration, l’audible (qui désacralise le silence) trompe l’indicible (propre au sacré) différé de la lecture et de l’écriture. Le glissement oral actualise le réel en passant d’une porte (sémantique) à l’autre.
Autre métaphore pédagogique : le slameur lance des cailloux à la surface de l’eau pour les faire rebondir. Dans mon texte sur les notes de la gamme , j’arrive à faire 3 rebonds : « Facile de croire qu’on est SOLidaires quand on est LA SI Dociles ». À chaque fois, la foule réagit. Quand j’écris un poème , le rebond n’est pas mon objectif : c’est le caillou qui m’intéresse. Et souvent le poète, au lieu de passer le caillou, le contemple, le frotte sur ses lèvres ou ailleurs et finalement fait quoi de la pierre ?

L’idée à retenir c’est que l’acte du poète et son but sont différents de ceux du slameur, mais chacun contribue à l’augmentation de l’ÉTAT POÉTIQUE PARTAGÉ PAR TOUS – cette liberté totale de débusquer le sens. La différence s’établit aussi dans l’intention : slamer la poésie, c’est obligatoirement collectif. C’est un happening et il appartient à l’oralité. Lu, l’effet qu’il produit est amoindri – demandez ce que les poètes pensent des textes de Grand Corps Malade… La poésie écrite, parfois même oralisée (ex : Festival International de poésie de TR), parle avant tout du JE. C’est un acte solitaire d’écriture, ce qui explique le peu d’intérêt manifesté par beaucoup de poètes pour l’interprétation.
Loin de moi l’idée de lutter contre les poètes : j’en suis un aussi. Et comme tout poète qui se respecte, ce qui m’intéresse c’est la critique (du gr. Kritikos, discerner : voir clair). Et à ce chapitre, j’avancerai donc l’hypothèse que les poètes des 25 dernières années ont peut-être sans le savoir travaillé au recul de la poésie en favorisant son cloisonnement à l’intérieur du poème et du phénomène de la littérature, malgré de pieuses manifestations orales et publiques de « poésie ». Je ne dis pas que ce geste fut et est intentionnel : je dis que le courant qui a prévalu chez les fabricants, éditeurs et autres spécialistes du poème, s’il n’est pas le seul coupable du recul de la poésie comme voie royale de connaissance (Aimé Césaire), a quand même largement contribué à soustraire de la place publique la libre activité et l’influence pourtant fondamentale qu’exerce la poésie sur la société en général. Les soirées de poésie attirent difficilement le grand public alors que c’est justement lui qui a besoin de se faire rappeler qu’il possède la merveilleuse faculté de débusquer le sens. Et d’en faire. Et d’opposer à ceux qui décident et qui nomment les choses à sa place, sa propre configuration du monde.
Que la poésie ne soit pas une activité de plus dans le registre des activités, mais la pierre angulaire qui organise le sens selon la sensibilité et qui ramène l’esprit désincarné à la trivialité de l’existence et au mystère de la vie, n’est-ce pas le vœu de tous les acteurs de la poésie ?
La poésie nous solidarise et nous pousse à agir.
Elle doit être au cœur du monde, battre avec lui, à sa mesure, puisque, ironie suprême, elle y est déjà.
Je termine sur cette éclairante prise de position de Kenneth White, fondateur de la géopoétique, que l’on peut lire dans La figure du dehors (p.46-47) :

Si Platon, qui était encore conscient du pouvoir originel de la poésie et se rendait compte du danger que représentait pour la structure de la république le libre jeu de son énergie, adoptait la solution franche de tout simplement bannir les poètes de la cité, les sociétés modernes ont inventé des méthodes beaucoup plus subtiles et tout compte fait plus efficaces. Elles ont […] intégré le poète à la société au titre de « cas spécial », et la poésie à l’idéologie de cette société. La façon dont, à quelques exceptions près, la poésie est « enseignée » dans les écoles, la façon dont elle est ensevelie dans les universités, la manière enfin dont elle est caricaturée partout attestent suffisamment le succès de cette annihilation bienveillante. Si vous ajoutez à l’escamotage quasi systématique de la poésie le fait que vivre poétiquement, ce qui ne veut pas dire en « artiste bohème », est dans l’état actuel des choses extrêmement difficile, et que peu sont tentés par de telles difficultés, personne ne s’étonnera de constater que la poésie n’est pas un élément moteur de notre monde et qu’elle est socialement, culturellement inopérante.
Et pourtant élément moteur et force essentielle, voilà bien ce qu’est la poésie.
La figure du dehors, Grasset, p. 46-47.

SLAM : son développement en France et ses conséquences

Dès la fin des années 90, des scènes dérivées des SLAMS de poésie commencent à émerger à Paris. Dissensions avec la fédération française ? Ignorance ou négligence ? Enthousiasme et jeunesse ? Absence de scènes ouvertes en poésie ? Peut-être un peu de tout ça. Dans cette société européenne toujours fortement hiérarchisée, la jeunesse, la poésie du peuple en général se trouvait sans doute à l’étroit dans le genre poétique. Et avec la grande popularité et la richesse du RAP français, il est normal qu’on ait voulu offrir des lieux pour faire entendre la parole plus subtile de toute une jeunesse. Même si le SLAM à la base n’a rien à voir avec le RAP - c’est un mouvement poétique inspiré du folk (je tiens cette révélation de Marc Smith lui-même lors de son séjour à Montréal en septembre dernier pendant le Grand Slam où je l’avais invité), il semble que le mouvement hip-hop ait favorisé ce retour massif vers la poésie orale. Toujours est-il que ces scènes ouvertes, inspirées des slams de poésie ont gagné en popularité. On a appelé cette façon de présenter ces scènes du SLAM et on a même poussé le pastiche jusqu’à introduire des «règles» sympathiques, qui pourtant sont de flagrants emprunts au Slam de poésie : plus ou moins 3 minutes, sans accessoire, et, exception à la française oblige : 1 poème dit = une consommation gratuite (comme quoi, les soifards ont intérêt à en écrire des poèmes). Avec l’arrivée de Grand Corps Malade comme superstar d’un genre musicalo-poétique qu’on a associé au SLAM, on peut dire qu’une méprise est en train de se répandre, je dirais à son corps défendant. Car le SLAM, à la base n’est pas un genre, musical ou textuel, c’est même plutôt le contraire : c’est une formule de soirée de poésie qui permet à tous les genres de s’exprimer. Même si GCM martèle que son disque n’est pas du slam et, a fortiori, que le slam, c’est une bouche qui parle et des oreilles qui prennent, de plus en plus de gens croient qu’il faut rimer pour faire SLAM. Beaucoup en viennent même à croire que le SLAM, c’est du RAP soft. Véhiculer ce genre d’idées est non seulement erroné, mais triste, car ça revient à faire du SLAM ce que le SLAM n’est pas : c-a-d, une façon de faire de la poésie. C’est de la poésie orale bien sûr, qui exploite le spectacle et les stratégies qui en découlent, mais il n’y a pas de façon de faire slam. Grand Corps Malade est d’ailleurs le premier à le reconnaître.

Personnellement, je ne suis pas un ayatollah des slams de poésie. S’il ont fait des petits et que ce SLAM nouveau genre attire des gens vers la poésie, tant mieux. Je tiens pourtant à ce que les slams de poésie et les autres initiatives slams - je rappelle quand même qu’il n’y a qu’en France où le slam ait connu cette mutation - convergent vers le même but et travaillent dans le même sens. La gueguerre GCM-Pilot le Hot - tournoi versus slam libre - n’a pas sa place au québec, à mon avis, car le contexte est différent. Depuis longtemps nous avons des scènes ouvertes et d’importants événements poétiques courus, sans compter que notre société n’est absolument pas hiérarchisée et que nous sommes en Amérique. Cependant, je tiens à ce que le « SLAM à la française » coexiste avec les slams de poésie - que se côtoient par ailleurs une multitude d’événements dans l’esprit slam - et que tous ceux qui sont intéressés par le slam ne négligent pas le slam de poésie qui est la source de ce mouvement.. Rappelons que le SLAM (french style) et le SLAM POETRY PARTAGENT LA MÊME VISÉE, et elle est double : réunir tous les styles de poètes autour de la poésie, et propager l’idée que nous sommes tous porteurs de poésie (voir le texte plus bas). Toutefois, il n’y a que le SLAM POETRY qui traduise le véritable enjeu du mot slam (impact) : permettre au public de dire ce qu’il pense de la poésie (ceci s’exprime par des vivas ou des huées, mais aussi et surtout par des points attribués aux performances. L’avantage est d’encourager les poètes à se rapprocher des gens, car le public n’est pas tenu, comme dans le french style à encourager les poètes). Ceci est plus qu’un détail : la joute permet réellement aux poètes de s’améliorer en ayant le pouls du public. N’oublions jamais que le but de Marc Smith n’était pas de démocratiser la poésie, mais de faire un bon show de poésie. Un crisse de bon show.

Visite Guidée slam au CHM dans le cadre de Nuit Blanche 2008

(CUT/PASTE de mon MYSPACE)

Visite guidée slam au Centre d’histoire de Montréal

Arrivés à 16h45 au Centre d’Histoire de Montréal où je dirigeais une visite guidée slam dans le cadre de Nuit Blanche avec Mario Cholette, on se prépare tout guillerets à une longue soirée. Outre nous deux, il y a au menu Rebell Trankill (qui était arrivé avant nous le torvis), Jocelyn Thouin, Fabrice Koffy, Queen Ka et Sylvie-Anne Siouï Trudel. La visite a pour thèmes Accomodements culturels et Montréal.

Quelques semaines plus tôt, j’avais rencontré Medhi, le grand responsable du Musée à l’invitation de Jacques Desmarais (poète et illustre blogueur du Train de nuit devant l’éternel) dans le but de construire une soirée slam dans le cadre de la Nuit Blanche. J’ai tout de suite été saisis par la beauté et le mystère des lieux. Le Centre d’Histoire, que je ne connaissais pas, n’a certes pas pour but de révéler au public de grandes oeuvres, mais plutôt, selon le principe d’un musée de la civilisation, de nous faire revivre le passé et le présent de Montréal. Cet exercice, loin d’être stérile, m’a tout de suite impressionné : il y a un je-ne-sais-quoi là-bas, qui tient autant à l’ingéniosité des expositions qu’aux lieux eux-mêmes. Ce mélange de modernité, d’astuce architecturale et de générosité des présentations a fait tilt. Tout de suite j’entendais certains slams, je voyais certains slameurs prendre possession des lieux. Et c’est ce que j’ai essayé de faire transpirer : J’ouvrais l’expo avec Immi_Grand_Slam, dans l’intention de paver le chemin à la thématique. Je slamais dans l’entrée, tâchant de capter les visiteurs réunis autant que retenus par notre guide (David). Ensuite, le lent tam-tam de la poète et comédienne Wendat Sylvie-Anne se faisait entendre et les visiteurs étaient invités à rejoindre le passé de Montréal, les premiers habitants, les premières nations. Second pavillon où un Mario Cholette métamorphosé en texan slamait son texte au milieu des flammes du parlement incendié par les anglais au XIXe siècle (à 2 pas du CHM). Rejoignant peu à peu le présent, le groupe étaient entraînés à l’époque de l’industrialisation où Rebell Trankill les assassinait gentiment d’un poème-RAP. Puis Jocelyn Thouin, au milieu d’un décor de lutte ouvrière canadienne-française, leur racontait les mystères d’un Saint-Henri plus vrai que nature. Enfin, avec Terre des hommes, Queen Ka surgit de la carte contemporaine pour rappeler à tous qu’un accomodement culturel c’est aussi de s’accepter peu importe nos origines. Ce parcours du premier plancher se concluait par mon slam Montréal que j’ai interprété, assis sur un tabouret et jouant de la guitare. Au 2e étage, Un Fabrice Koffy intrigant sortait de l’ascenseur pour interpréter son texte du même nom. La troupe dépassait le drame d’Angéline (esclave pendue pour avoir mis le feu à la maison de ses maîtres) pour tomber au milieu des miroirs sous les lueurs d’un ciel étrange de Mario Cholette. Le tout se terminait par une balade en Tramway mené de main de maître par Jocelyn Thouin armé de 12 rouleaux de papier-cul. Au terme de la visite, les visiteurs pouvaient parlés avec nous dans une reconstitution d’appartement montréalais.

Nous avons répété la visite à trois reprises. Étrangement, ce fut éprouvant; car bien qu’on ait eu peu de textes à faire (toujours les mêmes en fait), il s’agissait à chaque fois de faire porter sa voix et d’interagir à la manière d’un slam sauvage, ce qui est très exigeant quand même. Mais les gens ont semblent-ils énormément appréciés.

Enfin, Amir Khadir est venu faire un petit speech sur l’immigration et la culture contemporaine québécoise au troisième étage, puis Jacques Desmarais, secondé par Paolo Tofu, notre DJ national, a lancé le train de nuit de la scène ouverte où nous avons une fois de plus slamer, malgré le maigre auditoire.

Merci à ceux qui sont venus et vive les initiatives slam !

NB : pour photos, voir l’album Nuit Blanche au CHM (Sur My space)

Ivy

Slam à Ottawa

Slamer à Ottawa.

Mercredi 13 février pm, dans la gadoue neigeuse qui est notre lot depuis le début décembre, je conduis mon nouveau véhicule (gracieuseté Tante Hildegarde Voyage) entre les files de vans et de peureux en pneus 4 saisons. À 18h, je vais slamer aux côtés de l’exubérante Oni (Oni soit qui mal y pense) à l’Alliance Française. Heureusement, ma fille Mykalle me tient compagnie : on fait des photos et on constate, rendus en Ontario que l’essence coûte 15 cents de moins le litre et que la neige est plus rare, ce qui me permet d’augmenter la vitesse de croisière.

On arrive une heure à l’avance à Ottawa : on en profite pour faire un tour du Parlement - Mykalle n’y est jamais venu, elle qui a fait le Mexique, la France, le Danemark et 400 fois la Gaspésie. Le Parlement, c’est pire que les douanes iraniennes : on doit vider toutes nos poches (dans mon cas, le contenu pèse approximativement 22 kg), enlever ceintures, bagues, manteaux, accepter les détecteurs de toutes sortes pour enfin se retrouver avec nos effets dans de grands bacs, de l’autre côté d’un champ électromagnétique bilingue. De toute façon, on est trop tard, et il ne reste plus que le House of commun d’ouvert (mais pour y pénétrer, il faudrait se refaire une nouvelle douane…). On rebrousse chemin, non sans se photographier cocassement ici et là - en passant, avez-vous remarquez les emblèmes hieraldiques du Canada dans l’entrée ? À gauche, le fier lion d’Angleterre et à droite, la licorne française. Mais regardez-la de plus près : la pauvre est enchaînée ! Ils ont du culot quand même. J’hallucine, inquiet que personne n’ait sonné l’alarme en 250 ans.

Sur ces réflexions angoissées, j’ai fini par slamer avec Oni à l’Alliance Française : salut à Alain Vals et Esther (le vin était bon!). Chouette lieu, public de chaque côté de soi, étendu comme des ailes - je planais. Entre les harangues revendicatrices de l’explosive Oni et mes paysages poétiques, les gens ont capoté (autographes, entrevues etc.). Mais surtout, ma fille et moi on était bien contents d’être ensemble sur la route réunis par la parole et le coeur.

Ça c’est faire de l’art !

Sodec Québec Fond Radio Star