Dès la fin des années 90, des scènes dérivées des SLAMS de poésie commencent à émerger à Paris. Dissensions avec la fédération française ? Ignorance ou négligence ? Enthousiasme et jeunesse ? Absence de scènes ouvertes en poésie ? Peut-être un peu de tout ça. Dans cette société européenne toujours fortement hiérarchisée, la jeunesse, la poésie du peuple en général se trouvait sans doute à l’étroit dans le genre poétique. Et avec la grande popularité et la richesse du RAP français, il est normal qu’on ait voulu offrir des lieux pour faire entendre la parole plus subtile de toute une jeunesse. Même si le SLAM à la base n’a rien à voir avec le RAP – c’est un mouvement poétique inspiré du folk (je tiens cette révélation de Marc Smith lui-même lors de son séjour à Montréal en septembre dernier pendant le Grand Slam où je l’avais invité), il semble que le mouvement hip-hop ait favorisé ce retour massif vers la poésie orale. Toujours est-il que ces scènes ouvertes, inspirées des slams de poésie ont gagné en popularité. On a appelé cette façon de présenter ces scènes du SLAM et on a même poussé le pastiche jusqu’à introduire des «règles» sympathiques, qui pourtant sont de flagrants emprunts au Slam de poésie : plus ou moins 3 minutes, sans accessoire, et, exception à la française oblige : 1 poème dit = une consommation gratuite (comme quoi, les soifards ont intérêt à en écrire des poèmes). Avec l’arrivée de Grand Corps Malade comme superstar d’un genre musicalo-poétique qu’on a associé au SLAM, on peut dire qu’une méprise est en train de se répandre, je dirais à son corps défendant. Car le SLAM, à la base n’est pas un genre, musical ou textuel, c’est même plutôt le contraire : c’est une formule de soirée de poésie qui permet à tous les genres de s’exprimer. Même si GCM martèle que son disque n’est pas du slam et, a fortiori, que le slam, c’est une bouche qui parle et des oreilles qui prennent, de plus en plus de gens croient qu’il faut rimer pour faire SLAM. Beaucoup en viennent même à croire que le SLAM, c’est du RAP soft. Véhiculer ce genre d’idées est non seulement erroné, mais triste, car ça revient à faire du SLAM ce que le SLAM n’est pas : c-a-d, une façon de faire de la poésie. C’est de la poésie orale bien sûr, qui exploite le spectacle et les stratégies qui en découlent, mais il n’y a pas de façon de faire slam. Grand Corps Malade est d’ailleurs le premier à le reconnaître.

Personnellement, je ne suis pas un ayatollah des slams de poésie. S’il ont fait des petits et que ce SLAM nouveau genre attire des gens vers la poésie, tant mieux. Je tiens pourtant à ce que les slams de poésie et les autres initiatives slams – je rappelle quand même qu’il n’y a qu’en France où le slam ait connu cette mutation – convergent vers le même but et travaillent dans le même sens. La gueguerre GCM-Pilot le Hot – tournoi versus slam libre – n’a pas sa place au québec, à mon avis, car le contexte est différent. Depuis longtemps nous avons des scènes ouvertes et d’importants événements poétiques courus, sans compter que notre société n’est absolument pas hiérarchisée et que nous sommes en Amérique. Cependant, je tiens à ce que le « SLAM à la française » coexiste avec les slams de poésie – que se côtoient par ailleurs une multitude d’événements dans l’esprit slam – et que tous ceux qui sont intéressés par le slam ne négligent pas le slam de poésie qui est la source de ce mouvement.. Rappelons que le SLAM (french style) et le SLAM POETRY PARTAGENT LA MÊME VISÉE, et elle est double : réunir tous les styles de poètes autour de la poésie, et propager l’idée que nous sommes tous porteurs de poésie (voir le texte plus bas). Toutefois, il n’y a que le SLAM POETRY qui traduise le véritable enjeu du mot slam (impact) : permettre au public de dire ce qu’il pense de la poésie (ceci s’exprime par des vivas ou des huées, mais aussi et surtout par des points attribués aux performances. L’avantage est d’encourager les poètes à se rapprocher des gens, car le public n’est pas tenu, comme dans le french style à encourager les poètes). Ceci est plus qu’un détail : la joute permet réellement aux poètes de s’améliorer en ayant le pouls du public. N’oublions jamais que le but de Marc Smith n’était pas de démocratiser la poésie, mais de faire un bon show de poésie. Un crisse de bon show.

Laisser un commentaire

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.